Dylan et le Nobel II

Ami lecteur,

Tu t’offusques peut-être de ce qui pourrait te sembler des raccourcis, quand je place côte à côte Dylan et Couillard. Je te comprends bien, c’est scandaleux. C’est l’actualité et les médias qui permettent ces accidents, qui n’en révèlent pas moins d’étranges parentés. Dylan et Couillard dans le même sac à merdre, c’est un choc en effet.

Mais le Nobel à Dylan est déjà assez farfelu et fleure le conformisme. Dylan est un rebelle, mettons. Un rebelle de la pop. Il me semble que s’il avait voulu faire de la poésie, au sens où l’entend Yves Bonnefoy par exemple (as-tu lu?), il aurait délaissé les grandes scènes tonitruantes pour écrire des livres. La poésie n’est pas faite pour caresser les oreilles et conforter la fable lyrique d’une ou deux générations dans leurs rébellions oedipiennes.

En quoi le monde a-t-il changé depuis la Deuxième Guerre mondiale, outre les avancées techno-scientifiques et l’émancipation des mœurs, qui, dans les deux cas, peuvent conduire aux catastrophes écologiques et anthropologiques. Quand on regarde l’état du monde, franchement, il n’y a pas de quoi pavoiser. Couillard, lui, pavoise. Trudeau pavoise. Ils seront sans doute les premiers à se dire des fans de Dylan et de son grand cri littéraire de liberté.

Et le premier qui n’en a rien à branler de ce prix, c’est bien Dylan lui-même. Il n’a rien demandé, Dylan. Le contraire serait révoltant, lui, le rebelle accepter un prix de littérature?! Car son art, pensent beaucoup de ses fans, est sans doute au-delà d’une telle convention. Il permet en tout cas une chose et son contraire : se rebeller contre l’ordre établi et recevoir du même ordre les bénéfices financiers et symboliques. Le Nobel avec ça? Ze King!

Donc : avec Dylan, contre le Nobel à Dylan!

Comme disait Héraclite, tout ne vient que par discorde. Ou quelque chose comme ça.
Je dois dire qu’il m’arrive même d’être en désaccord avec moi-même. Ici par exemple, je me mords un peu les doigts, parce que Dylan, je l’aime bien, quoiqu’il ne représente pas pour moi ce qu’il représente pour beaucoup de gens. Et ce n’est pas parce que les circonstances nous ont fait aimer telle ou telle chose, la guitare électrique et les ordinateurs par exemple, qu’on doit y tenir mordicus, si cela s’avère de la camelote nuisible pour l’humanité. Voilà une vérité dure à avaler.

Ami lecteur, je te laisse sur une pensée somme toute inquiétante du grand cinéaste surréaliste Luis Buñuel :

« Il y a un instrument infernal, qui aurait réellement pu être inventé par le diable, ou par un ennemi de l’humanité : la guitare électrique. »

Conversations avec Luis Buñuel. Il est dangereux de se pencher au-dedans, Tomas Pérez Turrent, José de La Colina,Petite bibliothèque des cahiers du cinéma, 1993, 2008, p. 301


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